Hopper, mélancolique demeure

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Edward Hopper (1882-1967), Maison au bord de la voie ferrée, 1925, Huile sur toile, 61×73.7cm, New-York, Museum Of Modern Art

Edward Hopper est un peintre figuratif et réaliste américain. Après une formation artistique à la New-York School of Art, il commence sa carrière comme illustrateur et dessinateur publicitaire. En 1923, il se remet à la peinture et présente, en 1925, la Maison au bord de la voie ferrée qui est son premier succès artistique. Il a alors 43 ans. Son succès ne se démentira pas et notre tableau sera la première œuvre acquise par le tout jeune MOMA en 1930.

Au centre du tableau, une grande maison de style victorien en bois avec sa tourelle, ses lucarnes sur le toit, et sa galerie à colonnes. Les nombreuses fenêtres possèdent des stores qui sont soit fermés, soit ouverts ou encore entre les deux.  Elle se détache sur un immense ciel bleu-gris. Pas d’autres bâtiments, pas de végétaux, aucune présence humaine. A eux deux, la maison et le ciel occupent les trois-quart du tableau. Le premier plan est occupé par une voie ferrée avec son remblai. Cette masse horizontale permet de délimiter l’espace pictural et de créer une distance avec le spectateur. La lumière vient de la gauche, créant de fortes zones d’ombre sur la façade et masquant la porte d’entrée sous le porche. La maison est vue en contre-plongée, plaçant le spectateur légèrement en contrebas.

Hopper était passionné par l’architecture. Aussi, la représentation de bâtiments est récurrente dans son œuvre.

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Edward Hopper, Maison, vue de côté, 1931, Aquarelle sur papier, 50.8×71.2 cm, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza

Dans ce tableau, tout oppose l’espace de la maison et celui des rails : opposition des lignes verticales de la maison et, celles,  horizontales des rails mais aussi opposition des tonalités entre les couleurs froides utilisées pour la maison et le ciel et les couleurs chaudes du premier plan avec la voie ferrée. Seule la couleur ocre rouge des cheminées fait un lien entre les deux espaces. Le peintre oppose également l’élément immobile qu’est la maison avec la représentation des rails qui suggèrent la possibilité d’un déplacement, d’un mouvement.

Hopper

Ces éléments de composition du tableau permettent au peintre de concentrer dès son premier tableau important, les principaux thèmes qui traverse son œuvre.

Hopper aime peindre les objets comme il peint les êtres humains. Plutôt que l’accumulation des détails pour les définir, il travaille plus par soustraction pour réduire la description à l’essentiel. Il fait ici le portrait d’une maison qui, si elle est humanisée (les fenêtres et les stores évoquent des yeux), s’impose surtout par sa simplicité et son isolement et renvoie le spectateur à sa propre solitude.

Le thème de l’isolement est très important chez le peintre. Il lui permet de mettre en avant le conflit entre la nature et le monde moderne. Ici la maison est montrée comme un bloc, sans nature ni vie humaine à l’arrière-plan, face à l’arrivée de la modernité représentée par la voie ferrée. Avec son architecture un peu ancienne à l’époque de Hopper, elle témoigne d’un monde en voie de disparition.  Cet isolement extrême peut aller, comme c’est le cas ici, jusqu’à un espace inquiétant et sinistre. Le dénuement du paysage, l’absence de mouvement et les ombres  qui dérobent une partie de la maison (et notamment l’entrée) aux yeux du spectateur, laissent présager l’imminence d’un drame. La maison est-elle abandonnée, voire hantée ?

Cette atmosphère triste associée à un cadrage proche des procédés employés au cinéma a inspiré de nombreux réalisateurs de cinéma. Hitchcock dans Psychose en 1960, réutilise l’aspect effrayant de la maison ainsi que le jeu des lignes verticales et horizontales de la maison et du motel de Norman Bates. A son tour, en 1978, Terence Malick, s’inspire de la maison de Hopper dans Les Moissons du ciel, dont il se sert pour l’évocation d’un paradis perdu.

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La maison et le motel de Psychose
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Les Moissons du ciel

Hopper se montre nostalgique face à une Amérique où la modernité est venue détruire la nature. Pourtant, lorsque l’on observe  la tableau, on peut penser que la voie ferrée n’apporte pas seulement le mouvement qui détruit le monde d’avant. Vue en contre-plongée par le spectateur, la voie fait masse au premier plan et donne l’impression de former un socle pour la maison. Les rails apportent le progrès et une nouvelle fondation pour la société américaine. N’oublions pas que le chemin de fer a eu une grande importance dans la construction de l’Amérique, permettant l’expansion vers l’ouest et la transformation industrielle. C’est tout le paradoxe de l’histoire de l’Amérique, tiraillée  entre la glorification du progrès et la nostalgie des grands espaces sauvages, que ce même progrès contribue à faire disparaître.

Edward Hopper a choisi son camp, exprimant dans sa peinture sa nostalgie d’une Amérique perdue, tournant le dos à ses origines pastorales et laissant pour longtemps dans notre esprit cette image de sa mélancolique demeure….

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

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