En promenade au musée des Beaux-Arts de Dijon (III)…

En dehors des collections consacrées à la Bourgogne médiévale, le musée possède une belle collection d’œuvres du XIVe et du XVe siècles, tant en peinture italienne qu’en peinture nordique.

Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, la peinture, en Italie, est dominée par la tradition byzantine comme on peut le voir dans les bustes de saints, peints par Niccolo da Segna vers 1340.

Les personnages, hiératiques et immobiles, sont proches des icônes. Ce sont des images faites pour prier. Le fond d’or renvoie au monde divin. Il n’y a pas de profondeur et les visages sont inexpressifs. Le peintre ne cherche pas à représenter la réalité. Il évoque, grâce à des conventions, un monde surnaturel.

Après 1250, la peinture s’éloigne peu à peu des conventions byzantines, grâce au florentin Cimabue et surtout à son élève, Giotto, qui pose les bases d’un renouveau de la peinture. Ces innovations sont visibles dans un panneau de Taddeo Gaddi, un des élèves de Giotto.

Taddeo Gaddi, L’Adoration des bergers, Vers 1327, Tempera sur bois, 25×27 cm

Il s’agit de la prédelle d’un retable, c’est-à-dire la partie inférieure du retable. Elle sert de support aux grands panneaux, d’où son format horizontal. Dans ce petit panneau, Taddeo Gaddi cherche à représenter le monde réel. Il suggère la profondeur en donnant du volume aux personnages et en plaçant une maison derrière l’étable pour creuser l’espace. Certes le fond d’or est toujours présent et les éléments naturels sont très stylisés, mais le peintre montre un réel talent d’observation dans son travail du feuillage ou de la toison des moutons. Il a également la volonté de donner des expressions et des émotions à ces personnages (position méditative de Joseph, dévotion du berger agenouillé et geste de surprise du berger devant l’apparition de l’ange en haut à gauche).

Alors qu’à Florence, principal centre de renouveau de la peinture au XIVe siècle, se développent des recherches sur la composition à partir des influences antiques (Giotto est allé à Rome), l’autre grand centre toscan, Sienne, sous l’impulsion du peintre Duccio, est plus marqué par une influence gothique venue du nord de l’Europe et dont il reprend les lignes et les couleurs raffinées.

Le triptyque de Pietro Lorenzetti est représentatif de ce style.

Pietro Lorenzetti, La Vierge et l’Enfant entourés de quatre anges, deux saintes, saint Pierre et saint Jean-Baptiste, Vers 1340, Tempera sur bois, 44×25 cm

Pietro Lorenzetti s’intéresse peu, ici, à la profondeur, en dehors de la perspective du tapis sous le trône de la Vierge. Les saints et les anges restent étagés verticalement autour du trône. Le peintre développe les caractéristiques du style siennois avec des lignes sinueuses (dessin du manteau de Marie) et de précieuses couleurs vives mêlées à des tons rompus (mauve, rose etc…).

En dehors de l’Italie, le musée possède un ensemble important de Primitifs allemands et suisses, assez rares dans les musées français. Les écoles allemandes et suisses ont déployé, au XVe siècle, une grande inventivité malgré de très fortes influences flamandes. L’un des principaux artistes représenté au musée, est Konrad Witz, peintre allemand, originaire de Souabe, qui rompt avec le style Gothique international pour s’inspirer des recherches de la peinture flamande.

Konrad Witz, L’Empereur Auguste et la sibylle de Tibur, Vers 1435, Huile sur bois, 103×82 cm

Selon la tradition, l’empereur était venu consulter la prophétesse pour savoir s’il devait accepter d’être divinisé. La scène se déroule précisément le jour de la naissance du Christ. Pour toute réponse, la sibylle lui montre l’apparition de la Vierge à l’Enfant dans le ciel, vision qui est ici simplement suggérée par les gestes des protagonistes. Ce panneau faisait partie d’un grand retable, aujourd’hui démembré, appelé le Miroir du Salut. Il a été commandé à l’artiste en 1435 pour orner l’église de Saint-Léonard de Bâle. Witz est influencé par les peintres flamands dans sa manière très réaliste de peindre les matières, notamment les tissus et les bijoux. Les drapés, très lourds, trahissent une influence de la sculpture de Claus Sluter. Le peintre conserve quelques archaïsmes : les personnages sont figés avec des visages assez inexpressifs. La principale qualité de Konrad Witz sera de faire la synthèse entre une abstraction encore gothique et le réalisme de la peinture flamande. Cela fait de lui l’un des principaux peintres allemands du XVe siècle.

C’est dans l’entourage de Witz que se place le Maître de la Passion de Darmstadt.

Maître de la Passion de Darmstadt, Sainte Dorothée et sainte Catherine, Vers 1425, Huile sur bois, 82×70 cm

Ce panneau est un fragment du Retable de saint Baindt qui se trouvait dans le couvent des religieuses cisterciennes de Baindt, près de Ravensbourg. Les saintes sont représentées en pied, sur un carrelage traité en perspective devant un fond d’or travaillé au poinçon, imitant un brocard. Le peintre garde encore les lignes sinueuses et les couleurs éclatantes du Gothique international, tout en essayant d’apporter de la nouveauté dans le traitement du carrelage.

Un grand nombre d’artistes de cette période n’ont pas pu être identifié, aussi beaucoup de retables sont attribués, soit à un peintre que l’on ne reconnaît qu’à travers sa manière de peindre, soit à un peintre anonyme. C’est le cas du retable de Pierre Rup, réalisé par un peintre suisse.

Anonyme suisse, Retable de Pierre Rup, Vers 1450, Huile sur bois, 191×155 cm

Son nom vient de son commanditaire, Pierre Rup, représenté à genoux, priant aux pieds de son saint patron. Nous savons qu’il est mort en 1469, grâce à l’inscription figurant en haut du cadre. Elle indique également que Pierre Rup était marchand et citoyen de Genève. Le retable provient vraisemblablement de la cathédrale Saint-Pierre de Genève.

Anonyme également est l’auteur du Retable de sainte Marguerite , connu seulement sous le nom de Maître des études de draperies ou aussi Maître des Ronds de Coburg.

Maître des études de draperies, Retable de sainte Marguerite, Vers1480, Huile sur bois

Le retable proviendrait de l’ancienne église du couvent de la Madeleine à Strasbourg. Il raconte l’histoire du martyre de Marguerite : son arrestation, sa flagellation, l’attaque du dragon, son immolation, son bain dans l’eau glacée et, enfin (!), sa décapitation.

Le musée conserve aussi une série d’œuvres attribuées à un artiste connu sous le nom de Maître à l’œillet de Baden.

Maître à l’œillet de Baden, Retable de la Passion, Huile sur bois

Le retable, lorsqu’il est fermé, montre la Cène, le Christ au jardin des oliviers, le Christ devant Caïphe et la Flagellation. L’artiste peint régulièrement un œillet sur ses tableaux, peut-être en guise de signature. Le retable provient de la chapelle des Rois Mages à Baden (Suisse). Cet artiste possède une grande habileté narrative, restituant toutes les nuances des émotions de ses personnages. Son dessin vif est accompagné de couleurs éclatantes.

Maître à l’œillet de Baden, Saint Otmar et saint Fridolin accompagné du mort qu’il a ressuscité, Huile sur bois

On retrouve l’œillet aux pieds de saint Otmar.

Pour terminer notre tour d’horizon de l’art médiéval, une très belle sculpture montrant un saint Jean.

Martin Hoffmann (attribué à), Saint Jean endormi, Vers 1515, Bois de tilleul, 70x45x28 cm

Il s’agit probablement d’un fragment d’une composition représentant La prière au mont des oliviers. La figure reprend la pose caractéristique d’un saint Jean sculpté par Veit Stoss, l’un des plus importants sculpteurs de l’époque, pour l’église Saint-Sebald de Nüremberg en 1499.

(A suivre…)

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