En promenade au musée des Beaux-Arts de Dijon (II)…

Les salles consacrées au Moyen-Age sont, comme on peut l’imaginer, dominées par les œuvres dues au mécénat des ducs de Bourgogne. En effet, à la fin du Moyen-Age, la Bourgogne a joué un rôle majeur en Europe et a constitué l’un des plus importants foyers artistiques de son temps.

Le premier duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, installe sa capitale à Dijon où il multiplie les constructions comme, le palais ducal (dans lequel le musée est installé) ou la chartreuse de Champmol, où est employé, à partir de 1385, le sculpteur Claus Sluter. Originaire des Pays-Bas, Claus Sluter s’est vite affirmé comme l’un des meilleurs sculpteurs de son temps. Il impose un style très innovant grâce à un réalisme puissant, une grande expressivité des figures et l’emploi de lourds drapés aux plis profonds. Du travail de Sluter à la chartreuse, il ne reste plus aujourd’hui que le portail de l’église et le Puits de Moïse dont le musée possède des fac-similés des statues de prophètes.

Claus Sluter, Portail de la chartreuse de Champmol, 1393, Dijon, Centre hospitalier La Chartreuse
Claus Sluter, Puits de Moïse, 1396/1405, Dijon, Centre hospitalier La Chartreuse

Philippe le Hardi souhaitait également que son tombeau prenne place dans le chœur de l’église la chartreuse de Champmol. De ce fait, il commande, en 1381, le monument au sculpteur Jean de Marville. C’est lui qui conçoit le tombeau avec sa dalle de marbre noir recevant le gisant du duc et son soubassement en albâtre abritant une procession de pleurants sous une architecture gothique.

Jean de Marville, Tombeau de Philippe le Hardi

L’exécution des pleurants est confiée à Sluter. Le sculpteur évoque le cortège funèbre qui avait accompagné le duc lors de sa mort en 1404. Il y montre une grande variété d’expressions et traduit les multiples réactions des participants face à la mort ( certains échangent des paroles, d’autres prient ou méditent…). Ils sont caractéristiques du style de l’artiste par leur réalisme ainsi que par les lourds drapés de leurs vêtements.

Le tombeau servira de modèle pour l’exécution du tombeau de Jean sans Peur (le fils de Philippe le Hardi) et de Marguerite de Bavière, commandé en 1433 à Jean de la Huerta et Antoine Le Moiturier.

Jean de la Huerta et Antoine Le Moiturier, Tombeau de Jean sans Peur et de son épouse Marguerite de Bavière

En dehors des tombeaux, de nombreux tableaux et retables ont été réalisés pour décorer la chartreuse. C’est le cas du Retable de saint Georges, peint probablement par un artiste des Pays-Bas vers le milieu du XVe siècle. Il représente, à gauche, la délivrance de la princesse de Hongrie et, à droite, le martyre du saint. Ces deux épisodes entourent un Christ crucifié au pied duquel se tient un moine chartreux agenouillé. Le côté massif des personnages et le traitement des drapés proche de la sculpture montrent l’influence de Claus Sluter. Le retable était exposé avec un pendant, Le Retable de saint Denis, de mêmes dimensions et de même composition, exécuté par Henri Bellechose et actuellement conservé au musée du Louvre.

Le retable de saint Georges, Milieu du XVe siècle, Huile sur bois, 161×211 cm
Henri Bellechose, Retable de saint Denis, 1415/1416, 162x 211 cm; Paris, musée du Louvre

Se trouvaient également à la chartreuse, le Retable des saints et martyrs, sculpté par Jacques de Baerze comme le Retable de la Crucifixion, avec ses volets peints par Melchior Broederlam et qui a déjà fait l’objet d’un article ( https://l-art-en-tete.com/2019/10/09/melchior-broederlam-le-premier-des-primitifs/)

Jacques de Baerze, Retable des saints et martyrs, fin XIVe siècle, Bois polychromé et doré

De manière générale, la chartreuse de Champmol est un véritable « musée » avant l’heure. S’y trouvaient des œuvres de Simone Martini, Van Eyck ou encore Van der Weyden, qui ont été dispersées au fil du temps. De ses œuvres majeures, il ne reste plus que L’Adoration des bergers peinte par le Maître de Flémalle vers 1430. Le peintre y associe deux thèmes religieux (la Nativité et l’Adoration des bergers) et, surtout, y fait preuve d’un style totalement nouveau, basé sur l’observation de la réalité. Les personnages sont traités de manière très réaliste et, grande nouveauté, ils s’intègrent dans un paysage naturaliste fourmillant de détails et présentant l’une des premières utilisations de la perspective atmosphérique (qui consiste à créer l’illusion de la profondeur par l’utilisation de couleurs qui s’estompent avec la distance).

Maître de Flémalle, L’Adoration des bergers, vers 1430, Huile sur bois, 86×72 cm

En dehors des commandes ducales, les artistes et leurs ateliers travaillent pour une clientèle diversifiée (religieux, membres de la cour ducale, riches bourgeois) et diffusent les nouveautés stylistiques dans toute la Bourgogne. C’est le cas pour une Vierge de Pitié ou pour le Saint Luc écrivant avec son beau travail de drapés et l’expression de sérénité du visage.

Anonyme, Vierge de Pitié dite de Saint Bénigne, XVe siècle, Pierre calcaire
Anonyme, Saint Luc écrivant, XVe siècle, Pierre

Il en va de même pour la peinture qui développe une production de grande qualité. En témoigne le double portrait de Hugues de Rabutin et de sa femme, peint vers 1470 par un anonyme connu sous le nom de Maître de Saint-Jean-de-Luze. Le souci de vérité dans la représentation des visages et des mains prouve une influence flamande à laquelle se mêle un goût pour la sobriété et la simplification des formes qui font plus penser à la peinture méridionale.

Cet ensemble d’œuvres de la production bourguignonne est, sans conteste, l’un des moments forts du musée. Pour autant, les collections offrent également un panorama très intéressant de la création européenne médiévale. Mais ceci est une autre histoire…

( A suivre…)

2 réflexions sur « En promenade au musée des Beaux-Arts de Dijon (II)… »

  1. Vivement la suite ! C’est difficile d’attendre aussi longtemps entre 2 épisodes…

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    1. L’art se mérite…. Il faut savoir être patient ! 🙂 Merci pour votre enthousiasme

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