Gérard Garouste au centre Pompidou

Ceci est un petit rattrapage pour ceux qui n’ont pas pu voir l’exposition !

Gérard Garouste, Pinocchio et la partie de dés, 2017, Huile sur toile,160×220 cm, Collection particulière

Né en 1946, Gérard Garouste fait ses études aux Beaux-Arts de Paris. Après des travaux en tant que décorateur et scénographe, il décide, au début des années 80, de poursuivre une carrière de peintre, dans le sens classique du terme.

Dans cette période, il invente deux personnages ; le Classique et l’Indien qui sont comme deux facettes d’un individu. Le Classique c’est l’apollinien de Nietzsche, qui renvoie à une idée d’ordre, de stabilité et de mesure alors que l’Indien, c’est le dionysiaque, fougueux, insaisissable et instable.

Le Classique, années 70, Huile sur toile, 79x66cm, Collection particulière

Il revisite l’histoire de l’art à sa manière, s’intéresse à la mythologie grecque, aux différents genres (portrait, nature morte…) et aux grands peintres (Tintoret, Greco…). Malgré ces références, il crée, sur d’immenses toiles son style, personnel et inclassable.

Adhara, 1981, Huile sur toile, 253×395 cm, Collection particulière

Adhara est l’une des étoiles de la constellation du Chien. Les deux personnages, l’un les yeux bandés, l’autre se promenant avec un chien renvoient sans doute aux figures du Classique et de l’Indien

Les incendiaires, 1982, Huile sur toile, 251×295 cm, Museu Coleção Berardo

Trois personnages semblent préparer un complot destructeur. La torsion des membres et les lignes serpentines qui donnent l’impression que le décor s’enflamme, font penser au style maniériste du Gréco ou de Tintoret. Garouste retient aussi du Siècle d’or espagnol l’utilisation de grands fonds sombres.

Sainte Thérèse d’Avila, 1983, Huile sur toile,200×300 cm, FRAC-Artothèque Nouvelle Aquitaine

Dans cette œuvre commandée pour fêter le quatrième centenaire de la mort de la sainte, le peintre montre qu’il est toujours possible, grâce à la peinture, de retranscrire l’extase, ce phénomène à mi-chemin entre la douleur et la jouissance.

Orion, Maera et le miroir, 1984, Huile sur toile, 240×170 cm chaque panneau, Collection particulière

Dans ce diptyque, Orion, le chasseur géant de la mythologie grecque, est représenté en empereur romain avec la chienne Maera (qui, comme Orion, sera transformée en étoile). Mais si la chienne est représentée inversée dans le second panneau-miroir, Orion semble avoir été absorbé.

Le pendu, le vase et le miroir, 1985, Huile sur toile,250×500 cm, Budapest, Ludwig museum

La barque et le pêcheur, le pantalon rouge, 1984, Huile sur toile, 200×260, Collection De Carbon

Gérard Garouste découvre La Divine Comédie de Dante, ce qui donne naissance à une nouvelle série d’œuvres. En explorant le voyage de Dante et Virgile dans les différents cercles des Enfers, sa peinture s’engage vers une forme d’abstraction.

Phégyas, Dante et Virgile, 1986, Huile sur toile, 200×235 cm, Paris, Centre Pompidou

Ce tableau évoque le passage du Styx, le fleuve des Enfers. Les personnages y sont brossés à grands traits et prennent une allure fantomatique. L’œuvre fait référence à une peinture de Delacroix sur le même thème.

Eugène Delacroix, La barque de Dante, 1822, Huile sur toile, 189×241 cm, Paris, musée du Louvre

Il s’intéresse également aux différents niveaux de lecture de la Bible et en tire d’immenses toiles. c’est la série des Indiennes.

Indienne (La chute des anges 2), 1988, Acrylique sur toile,215×704 cm, Collection particulière

A la fin des années 80, Garouste imagine La dive Bacbuc. C’est une œuvre circulaire, monumentale, peinte sur les deux faces. Pour le spectateur, la face interne ne peut être vue qu’à travers des œilletons, ce qui le place dans la position du voyeur. L’œuvre s’inspire de l’univers de Rabelais et en retranscrit la vitalité, l’humour et la trivialité.

La dive Bacbuc, 1998, Acrylique sur toile, H: 285, diam: 752 cm, Collection particulière

A partir des années 1990, le peintre s’intéresse à la tradition exégétique juive et il apprend l’hébreu. La question de l’interprétation des textes qui, selon les études talmudiques, offrent une multitude de lectures différentes, trouve un écho dans les sujets abordés par Garouste. Il les emprunte désormais à la Bible ou au Don Quichotte de Cervantes, à la lumière de la thèse qui voudrait que l’auteur ait pu être un juif converti de force au christianisme.

Entre chien et loup, 1995-1996, Huile sur toile 81×100 cm, Collection particulière

Le théâtre de Don Quichotte, 2012, Huile sur toile, 200×260, Collection particulière

Les personnages du livre de Cervantes forment un défilé tragi-comique, dans lequel le peintre s’est représenté en bouffon diabolique juste derrière l’ange qui parle à l’oreille de l’âne.

Le masque de chien, 2002, Huile sur toile, 92×73 cm,

Garouste a réalisé plusieurs autoportraits. Ici, il se représente dans un paysage avec un masque de chien, qu’il porte sous le bras. Le chien, guidé par son flair, renvoie à l’intuition. Les pieds du peintre, orientés vers l’arrière, soulignent le refus d’emprunter une voie unique et invitent à l’errance.

En 2005, le peintre réalise toute une série d’œuvres sur le thème de l’ânesse et la figue. Il remarque que, en hébreu, il existe une proximité consonantique entre les deux mots (ânesse et figue) et, qu’ils sont mis en relation dans le Talmud. Ce constat déclenche de nombreuses associations entre ânesse et figue ainsi que de nombreuses disgressions autour de l’âne, animal préféré de l’artiste.

L’ânesse et la figue, 2005, Huile sur toile, 235×200 cm , Collection particulière

Les libraires aveugles, 2005, Huile sur toile, 270×320 cm,

Ce tableau met en image les propos de saint Augustin concernant le rapport des Juifs aux écritures saintes. Les Juifs seraient les dépositaires des livres qui annoncent la venue du Messie. Mais ils n’auraient pas été capables de le comprendre. Ils sont comme des libraires aveugles qui diffusent des livres qu’ils ne savent pas lire.

Alma,2005, Huile sur toile, 270×320 cm, Collection particulière

En 2007, Gérard Garouste commence une série consacrée à son enfance. Il y revient sur ses rapports conflictuels avec son père, marchand de meubles qui avait, pendant la guerre, récupérer les biens des Juifs déportés.

Le coup de l’étrier, 2007, Huile sur toile, 270×320 cm, Collection particulière

Ce tableau renvoie à la violence de son père, psychopathe capable de menacer sa femme en posant un pistolet sur la table parce qu’elle tenait l’aiguière par le goulot et pas par l’anse.

L’artiste évoque également son instabilité psychique, qui a marqué les années 1970 et le début des années 1980.

Chartres, 2007, Huile sur toile, 270×320 cm, Collection particulière

Après une longue période de répit, une nouvelle crise survient en 1991, à laquelle ce tableau renvoie directement. Guidé par une pulsion incontrôlable, le peintre se retrouve dans la cathédrale de Chartres , dans le fameux labyrinthe, où il interrompt un mariage, casse des cierges, sème le désordre et se retrouve interné.

Dérive, 2010; Huile sur toile, 114×195 cm, Collection particulière

Au milieu des années 2010, Garouste entreprend une nouvelle série : Zeugma. En grec, le terme signifie le « lien » ou le « pont ». C’est aussi une figure de style consistant à omettre un mot ou un groupe de mots dont la répétition s’avère inutile.

Le pont de Varsovie et les ânesses, 2017, Huile sur toile, 220×160 cm, Collection particulière

La dernière série est consacrée à l’œuvre de Kafka.

Le banquet, Triptyque, 2021, Huile sur toile, 300×270 cm chaque panneau

Le Banquet est l’œuvre majeure de cette série. Il renvoie à de nombreuses clés de lecture : fête de Pourim, avec ses confettis, qui célèbre le festin d’Esther, le personnage de Kafka, le tableau de Tintoret consacré à la récolte de la manne etc….

Cet article n’est qu’un aperçu rapide de l’œuvre foisonnante de Gérard Garouste qui a été si magnifiquement exposée en 120 tableaux au Centre Pompidou. Sa peinture, riche de nombreuses références contient une multitude de symboles et de niveaux de lecture qui peuvent dérouter. Mais devant ses toiles, peut importe de ne pas comprendre : l’essentiel, c’est que les tableaux nous intriguent et nous amènent à nous poser des questions.

Le peintre élabore un jeu dont il réinvente sans cesse les règles. Car, comme tous les artistes, il est un formidable menteur….

Pinocchio et la partie de dés

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