En promenade au musée des Beaux-Arts de Dijon (IV)….

Continuons notre promenade en abordant la Renaissance. A cette époque, la Bourgogne, qui est redevenu une province du royaume de France en 1477, n’est indéniablement plus un grand centre de création. Pour autant, elle reste un foyer actif, influencé, d’une part par l’Italie et, d’autre part par les écoles du Nord et par Dürer. D’ailleurs, beaucoup d’artistes actifs en Bourgogne au XVIe siècle, sont originaires des Flandres ou des Pays-Bas. C’est le cas de Grégoire Guérard, qui vient de Hollande. Son « Arrestation du Christ » reprend une partie de la composition d’une gravure de Dürer. Sa peinture est assez typique de la production bourguignonne de l’époque avec sa composition très géométrique, son luxe de détail et un chromatisme lumineux.

Grégoire Guérard, Arrestation de Christ, Vers 1520, Huile sur bois, 103×93 cm

Les artistes bourguignons sont aussi présents dans le domaine de la sculpture, comme en témoigne le transi provenant de l’abbaye de Cîteaux. Elle est représentative d’un courant réaliste dans la représentation de la mort qui s’est exprimé à cette époque marquée par les épidémies et les conflits. Ces représentations de cadavres se répandent tant sur les tombeaux que dans les cimetières. Ici, le squelette décharné brandissait certainement la flèche qui nous menace tous de mort et tient, de l’autre main, un écu portant une inscription nous invitant à réfléchir à notre destin inéluctable. Cette sculpture peut être rapprochée d’une autre, très similaire, qui décorait le cimetière des Innocents à Paris.

Anonyme, La Mort, XVIe siècle, Pierre de Tonnerre, H:120 cm
Anonyme, La Mort Saint-Innocent, Vers 1530, Albâtre, H: 120 cm; Paris, musée du Louvre

Dans le domaine des arts décoratifs, la Bourgogne est dominée par la figure d’Hugues Sambin, homme complet, à la fois menuisier, architecte, sculpteur et ingénieur qui trouve son inspiration dans les modèles italiens qu’il a pu voir sur le chantier du château de Fontainebleau en 1544. Dans cette table à éventail (du nom de la forme de son piètement), les figures de chimères ailées entourant un aigle sont typiques de son style, avec leur poitrine haute et proéminente et leur cou habillé d’une serviette.

Hugues Sambin, Table à éventail, XVIe siècle, Noyer, 90x170x88 cm

L’ art de Fontainebleau est représenté par le tableau de la « Dame à sa toilette » dont l’érotisme et l’élégance précieuse sont emblématiques de la Renaissance française. La figure féminine possède les canons de beauté en vogue à l’époque : taille peu marquée, visage régulier, poitrine haute, petite bouche… Plus qu’un simple portrait, l’œuvre semble avoir une portée symbolique ou morale.

Ecole de Fontainebleau, Dame à sa toilette, Fin du XVIe siècle, Huile sur toile, 105×76 cm

La Renaissance française est également représentée par la très belle porte du trésor de l’abbaye de Saint-Bertin. Les deux volets servaient de porte à une armoire de la sacristie de l’abbatiale de Saint-Omer dans le nord de la France. Ils représentent la vie de saint Bertin ainsi que l’histoire de la fondation de l’abbaye.

Anonyme, La légende de saint Bertin, Début du XVIe siècle, Huile sur bois, 217×110 cm

En dehors de la production française, le musée présente essentiellement des oeuvres italiennes, et même vénitiennes.

La figure incontournable de Véronèse est présente avec une œuvre de la fin de la carrière de l’artiste,  » Moïse sauvé des eaux ». Le sujet sacré y est un prétexte à l’évocation mondaine vénitienne.

Paolo Caliari dit Véronèse, Moïse sauvé des eaux, Huile sur toile, 166×102 cm

Son contemporain, Jacopo Bassano, renouvelle l’iconographie du martyre de saint Sébastien en plaçant la scène dans un palais vénitien. Le corps du saint n’est pas idéalisé. Bien au contraire, l’artiste recherche une vérité anatomique dans le corps trapu du jeune homme. Sa composition audacieusement décentrée contribue, avec la lumière projetée sur le saint, à rendre la scène plus dramatique.

Jacopo Bassano, Le martyre de saint Sébastien, 1592, Huile sur toile, 65x76cm

Enfin, un très beau portait de Lorenzo Lotto vient clore notre parcours de la Renaissance. Son « Portrait de femme » est à la fois très réaliste et, en même temps, très hiératique et d’une grande rigueur. Un autre panneau, conservé à Washington, représentant une allégorie de la Chasteté, formait comme un couvercle en coulissant sur le cadre du tableau. Il servait sans doute de protection et venait surtout informer sur les vertus du modèle.

Lorenzo Lotto; Portrait de femme, Vers 1505, Huile sur bois, 36×28 cm
Lorenzo Lotto, Allégorie de la Chasteté, Vers 1505, Huile sur bois, 42×33 cm, Washington, National Gallery of Art

Au début du XVIIe siècle, le style maniériste, qui avait triomphé en France avec l’Ecole de Fontainebleau, commence à s’essouffler. C’est de l’étranger que va venir la nouveauté, et notamment de Rome où se rendent alors de nombreux jeunes artistes. C’est à cette période que Philippe de Champaigne, originaire de Bruxelles arrive à Paris. Il y reçoit sa première commande officielle en 1629 pour une série de six tableaux destinée à l’église du Carmel du faubourg Saint-Jacques. La « Présentation au Temple » est l’une des toiles de ce cycle. Le peintre y élabore un nouveau style fait de rigueur et d’équilibre. Les personnages sont présentés en frise, pratiquement tous alignés au premier plan, ce qui sera typique du classicisme français. En même temps, le décor grandiose montre l’intérêt de Philippe de Champaigne pour l’art baroque.

Philippe de Champaigne, La Présentation au Temple, Vers 1628, Huile sur toile, 392×325 cm

De son côté, le bourguignon François Perrier développe un style original au chromatisme éclatant, tout en regardant du côté du baroque avec des mises en scène un peu théâtrales. « Le sacrifice d’Iphigénie » était destiné à orner le dessus d’une cheminée. Le thème du sacrifice d’Iphigénie était répandu pour ce type de décor car le feu allumé et la fumée renvoyait à la réalité du feu de cheminée.

François Perrier, Le sacrifice d’Iphigénie, 1632/33, Huile sur toile, 212×154 cm

Le règne de Louis XIII voit une multiplication d’ateliers provinciaux, notamment à Nancy, résidence des ducs de Lorraine et ville florissante, qui favorise l’essor d’artistes de talents, dont fait partie Georges de La Tour. Le sujet du « Souffleur à la lampe » est assez courant à l’époque. Il favorise des effets saisissants de clair-obscur. Emergeant de l’obscurité, le visage de l’enfant n’est éclairé que par la lueur d’un tison. Cet effet lumineux accentue la déformation du visage et la géométrie des volumes.

Georges de La Tour, Le souffleur à la lampe, Vers 1640, Huile sur toile,61×51 cm

Au moment de la Contre-Réforme, Dijon connaît de nouveau un essor artistique grâce aux nombreuses commandes des diverses communautés religieuses. Le peintre Philippe Quantin est extrêmement productif et travaille essentiellement pour les couvents et les églises de Dijon. La figure de « Saint Bernard écrivant » exprime bien son goût pour la sobriété et les figures monumentales. On retrouve aussi chez lui des éclairages issus du Caravage, avec une lumière violente et dont on ne voit pas la source.

Philippe Quantin, Saint Bernard écrivant, 2e quart du XVIIe siècle, Huile sur toile, 178×118 cm

Un autre peintre important, Jean Tassel, partage son temps entre sa ville natale, Langres, et Dijon. Lui aussi est un peintre très prolifique, travaillant pour de nombreux couvents. C’est d’ailleurs pour le couvent des Ursulines, qu’il peint le portrait de Catherine de Montholon, dont elle était la fondatrice. La mise en page et le coloris y sont d’une extrême sobriété , en accord avec la piété du modèle.

Jean Tassel, Portrait de Catherine de Montholon, Vers 1648, Huile sur toile, 62×52 cm

A contrario, dans « L’Adoration des Mages« , provenant du séminaire de Dijon, Tassel montre qu’il peut être un coloriste raffiné.

Jean Tassel, L’Adoration des Mages, 2e quart du XVIIe siècle, Huile sur toile , 200×172 cm

Le grand Siècle français s’illustre aussi dans le domaine de la sculpture, que ce soit pour les chantiers royaux ou pour une ville de province comme Dijon. Ce sont les élus des Etats de Bourgogne qui commande à Antoine Coysevox, un buste de Louis XIV pour orner la salle des Etats. Coysevox est alors le sculpteur du roi à Paris. Le modèle est représenté dans un souci de réalisme, avec des traits légèrement empâtés. L’influence du style baroque se remarque dans le traitement des vêtements et de la perruque où le mouvement est perceptible.

Antoine Coysevox, Louis XIV, Vers 1686, Marbre, H : 89 cm

A Dijon, le sculpteur Jean Dubois connaît un grand succès et produit, avec son atelier, de nombreuses sculptures dans un esprit baroque. Son travail l’amène aussi à être architecte et décorateur. C’est pour décorer une série de cheminée du palais des Etats de Bourgogne, qu’il exécute des esquisses en terre cuite. Le programme iconographique est conçu pour mettre en valeur, à travers des allégories, la personnalité de Louis XIV, ainsi que les grands moments de son règne.

Jean Dubois, Jason à la conquête de la Toison d’or, Vers 1690, Terre cuite

Le musée propose aussi une belle collection d’arts décoratifs qui montre le savoir-faire et l’excellence des artisans du XVIIe siècle, notamment de l’ébéniste parisien André-Charles Boulle, représenté ici par un bureau Mazarin et une pendule. Boulle a créé un nouveau procédé qui consiste à découper un même motif dans le cuivre et l’écaille. Il obtient alors un premier panneau, la « partie », en cuivre sur fond d’écaille (c’est le cas de notre bureau) et un second panneau, la « contrepartie », en écaille sur fond de cuivre.

André-Charles Boulle, Bureau Mazarin, Fin du XVIIe siècle, Bois et marquèterie d’écaille rouge et laiton, 81x122x72 cm
André-Charles Boulle, Pendule : Le Jour et la Nuit, Placage d’ébène, écaille, cuivre, nacre et bronze

Les collections de peintures étrangères font la part belle aux œuvres flamandes et hollandaises.

Jan Brueghel dit de Velours est le fils du célèbre Pieter Brueghel l’Ancien. Il est le peintre officiel de la cour des gouverneurs des Pays-Bas, Albert et Isabelle de Habsbourg. Ce sont eux qui lui commandent la « Vue du château de Mariemont », qui est leur demeure de campagne. Le tableau a des dimensions exceptionnelles pour un paysage. La ligne d’horizon, placée anormalement haut, permet d’embrasser la totalité du domaine. C’est d’abord une campagne luxuriante que peint l’artiste, reléguant le château au fond de la perspective. Il conjugue, à la fois, une vue panoramique et, en même temps, un sens du détail dans la représentation de scènes du quotidien. Sa palette, toute en nuances de verts et bleus, témoigne d’un grand talent de coloriste.

Jan Brueghel I dit de Velours, Vue du château de Mariemont, 1612, Huile sur toile, 186×292 cm,

Rubens est présent dans les collections avec un très beau panneau de retable représentant « La Vierge présentant l’Enfant Jésus à saint François d’Assise ». Il lui été commandé par la corporation des tailleurs de pierre pour sa chapelle dans la collégiale Saint-Gommaire de Lierre, en Belgique. La scène est liée à une vision de saint François qui avait vu la Vierge lui remettre l’Enfant Jésus. Les personnages sont vus en légère contre-plongée et se détachent devant un paysage au ciel tourmenté. Comme à son habitude, Rubens excelle dans la maîtrise des couleurs et ses personnages, monumentaux, donnent une grande force à la scène.

Pierre Paul Rubans, La Vierge présente l’Enfants Jésus à saint François d’Assise, 1618, Huile sur bois, 179×164 cm

Frans Hals, quant à lui, renouvelle l’art du portrait par la spontanéité des poses de ses modèles et par une exécution virtuose, avec de grands coups de pinceaux. Même s’il s’agit d’une œuvre de jeunesse, le « Portrait d’un gentilhomme », présenté ici témoigne déjà de cette façon de peindre très personnelle.

Frans Hals, Portrait d’un gentilhomme, 1619, Huile sur toile, 82×76 cm.

Au XVIIIe siècle, la Bourgogne reste un foyer artistique actif , notamment grâce à la création de l’école de dessin en 1766, comme nous l’avons déjà vu. Pour l’école, ainsi que pour la création d’un musée, les Etats de Bourgogne avait fait construire une nouvelle aile dont les salles historiques sont incluses dans le parcours du musée. Les collections proposent également des ambiances reconstituées qui permettent de se plonger dans les décors du XVIIIe siècle.

Salle présentant les arts sous la Régence
Le Salon Condé qui devait présenter des peintures de batailles
Salon de l’hôtel Gaulin
La salle des statues où étaient exposées les œuvres des lauréats de l’école

C’est pour décorer cette salle des statues que les Etats de Bourgogne commande au peintre Prud’hon une grande toile décorative qui orne toujours le plafond . Ils imposent à l’artiste de copier le plafond peint par Pierre de Cortone au palais Barberini en 1633, à Rome. Prud’hon en offre une adaptation très libre en ne retenant que la partie centrale du plafond romain, qu’il transforme en glorification de la Bourgogne et du prince de Condé, alors gouverneur de la région.

Pierre Paul Prud’hon, Plafond à la gloire du prince de Condé, 1786-87, Huile sur toile, 812×408 cm

Dans le domaine de la sculpture, Claude-François Attiret, travaille beaucoup pour la Bourgogne. Il s’avère un grand portraitiste, particulièrement doué pour rendre l’expression des physionomies. Son portrait de jeune fille, « La chercheuse d’esprit », dont le titre est tiré d’un opéra-comique alors à la mode, est particulièrement raffiné. L’artiste met en valeur le sourire, la grâce et l’innocence de la jeune fille.

Claude-François Attiret, La chercheuse d’esprit, Terre cuite, H : 55 cm

En peinture, le dijonnais Jean-François Gilles dit Colson est un portraitiste prolifique et l’auteur d’un célèbre tableau consacré à l’enfance. « Le repos » montre une jeune fille endormie dans un décor familier, alors qu’un drame se joue entre un chat et l’oiseau posé à côté d’elle. Il peut être lu, au second degré, comme un symbole de la perte de la virginité. Le tableau possède un pendant, « L’action », montrant un jeune garçon actionnant un canon, qui renforce cette lecture à double sens.

Colson, Le repos, 1759, Huile sur toile, 93×73 cm

A la fin du siècle, la peinture s’oriente vers le néo-classicisme. le musée présente un peintre typique du Siècle des Lumières, Léonard Defrance, qui sera très proche des idées révolutionnaires. Son tableau, « A l’égide de Minerve », est une célébration des Lumières et prône le savoir et la tolérance. Le sujet lui a été inspiré par un édit de tolérance promulgué aux Pays-Bas par l’empereur Joseph II abrogeant le catholicisme comme religion d’Etat On y voit des ecclésiastiques catholiques et protestants se serrant la main devant une librairie proposant des livres de la philosophie des Lumières. Le message est clair….

Léonard Defrance, « A l’égide de Minerve.  » La politique de tolérance de Joseph II favorisant les Encyclopédistes, Vers 1780, Huile sur bois, 64×85 cm

(A suivre…)

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